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Vesper Chronicles : quand la science-fiction devient une fable organique et politique

Imagine un monde où les plantes ont muté en armes vivantes, où les citadelles flottent comme des mirages au-dessus d’une terre stérile, et où une adolescente doit réinventer la survie à coups de graines et de bidouilles génétiques. Bienvenue dans Vesper Chronicles, un film qui prouve que la science-fiction européenne peut être aussi poétique que radicale – et surtout, qu’elle n’a pas besoin d'en faire des caisses pour être captivante.

Publié le 29 janvier 2026
Vesper Chronicles - fable SF post-humaine

Plongeons-nous dans cette œuvre lituano-franco-belge, un ovni du biopunk qui divise autant qu’il fascine.Vesper est-il un chef-d’œuvre méconnu ou un film qui peine à tenir ses promesses ?

Vesper Chronicles - fable SF post-humaine
© 2022 Rumble Fish Productions

Un biopunk qui sent la mousse et la sueur

D’abord, situons le décor. Vesper Chronicles se déroule dans un futur post-apocalyptique où la nature a repris ses droits… mais pas de la manière idyllique qu’on pourrait imaginer. Ici, les plantes sont devenues hostiles, les graines stériles, et les rares humains survivants se débattent dans un monde où la technologie a échoué à sauver quoi que ce soit. On est loin des blockbusters hollywoodiens où des héros bodybuildés sauvent la planète en deux heures chrono. Non, ici, la survie est une question de patience, d’observation, et surtout, de compréhension du vivant.

On peut s'accorder sur un point : l’univers de Vesper est une réussite. Entre les intérieurs organiques, les champignons luminescents et les machines qui semblent avoir poussé comme des lianes, le film crée une atmosphère unique, à la fois crasseuse et poétique.

Mais attention, ce n’est pas un film qui te prend par la main. Les réalisateurs, Kristina Buožytė et Bruno Samper, ont fait le choix délibéré de ne rien expliquer frontalement. Pas de voix off, pas de dialogues didactiques, juste une immersion dans un monde où tu dois déduire les règles par toi-même. Un choix audacieux, qui peut dérouter, mais qui renforce l’immersion. Comme le dit Cédric : "C’est un film qui assume sa vision jusqu’au bout, sans compromis."

Un coming-of-age dans un monde en ruines

Au cœur de Vesper Chronicles, il y a… Vesper, justement. Une adolescente livrée à elle-même, qui tente de survivre avec son père, un homme mourant dont l’esprit est projeté dans un drone. Leur relation est l’un des piliers émotionnels du film, même si le jeu d'acteur peut laisser à désirer (n'est-ce pas Cédric ?).

Pourtant, malgré ces réserves, le personnage de Vesper est fascinant. Elle n’est pas une héroïne classique : elle est froide, radicale, et surtout, elle refuse de se contenter de survivre. Son objectif ? Comprendre le monde pour le sauver. Et c’est là que le film devient bien plus qu’une simple dystopie. Comme le souligne Manu, Vesper est avant tout un film sur l’adolescence, sur cette période charnière où l’on doit laisser derrière soi l’ancien monde pour en construire un nouveau. "C’est un peu la fin du monde, mais version psy : passer à l’âge adulte, c’est déjà un peu mourir".

Autour d’elle gravitent d’autres personnages marquants, comme Camélia, une jeune femme synthétique qui incarne une forme d’espoir et de transition. Leur relation, à la fois tendre et inégale, est l’une des plus belles du film. "Il y a quelque chose de fondamentalement beau dans ce lien", confie Cédric. Et c’est vrai : dans un monde où les rapports humains sont souvent marqués par la domination et la violence, leur complicité est un rayon de lumière.

Un film politique, mais pas militant

Si Vesper Chronicles est une fable sur l’adolescence, c’est aussi une œuvre profondément politique. Le film dépeint une société divisée en castes, où les citadelles flottantes abritent une élite technocratique tandis que le reste de l’humanité survit dans la misère. Entre les deux, des figures comme Jonas, un proxénète qui exploite les enfants pour revendre leurs "services" aux riches, incarnent la perversion du système capitaliste.

Mais attention, Vesper n’est pas un film militant au sens classique du terme. Il ne propose pas de solutions toutes faites, ni de rébellion spectaculaire. Sa radicalité est ailleurs : dans son refus de céder à la facilité, dans son austérité assumée, et dans sa foi en la jeunesse pour reconstruire un monde meilleur. Comme le dit Cédric : "La fin du film est un contrepied parfait. Pas de rébellion, pas de chaos, juste une adolescente qui sème des graines et laisse la nature faire le reste."

Un film qui divise, mais qui marque

Alors, Vesper Chronicles est-il un chef-d’œuvre ? Difficile à dire. Comme souvent dans nos échanges on est pas tout à fait d’accord.

Mais ce qui est sûr, c’est que Vesper ne laisse pas indifférent. Son univers visuel, son approche politique, et son portrait d’une adolescence en quête de sens en font une œuvre unique dans le paysage de la science-fiction. Et si tu es prêt à accepter son austérité, tu risques d’être marqué par sa poésie organique et sa radicalité tranquille.

Pour aller plus loin

Si Vesper Chronicles t’a intrigué, voici quelques pistes pour prolonger l’expérience :

  • Annihilation d’Alex Garland : pour son ambiance biopunk et ses mystères organiques.
  • Stalker d’Andrei Tarkovski : une influence majeure du film, pour son approche contemplative et philosophique.
  • La Cité des enfants perdus de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro : pour son univers onirique et ses personnages marginaux.
  • Wall-E de Pixar : pour sa réflexion sur la culpabilité écologique et la rédemption par la nature.

Alors, prêt à plonger dans ce monde où la nature a repris le pouvoir ? 🌱

Mots clés :
SFsurviebiopunk
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